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Léo ferré - La solitude

Publié le par Algérie libertaire

 

Je suis d'un autre pays que le vôtre, d'un autre quartier, d'une autre solitude.

Je m'invente aujourd'hui des chemins de traverse. Je ne suis plus de chez vous.

J'attends des mutants. Biologiquement je m'arrange avec l'idée que je me fais de la biologie: je pisse, j'éjacule, je pleure. Il est de toute première instance que nous façonnions nos idées comme s'il s'agissait d'objets manufacturés.

Je suis prêt à vous procurer les moules. Mais...

 

La solitude...

 

Les moules sont d'une testure nouvelle, je vous avertis.

Ils ont été coulés demain matin. Si vous n'avez pas dès ce jour, le sentiment relatif de votre durée, il est inutile de regarder devant vous car devant c'est derrière, la nuit c'est le jour. Et...

 

La solitude...

 

Il est de toute première instance que les laveries automatiques, au coin des rues, soient aussi imperturbables que les feux d'arrêt ou de voie libre. Les flics du détersif vous indiqueront la case où il vous sera loisible de laver ce que vous croyez être votre conscience et qui n'est qu'une dépendance de l'ordinateur neurophile qui vous sert de cerveau. Et pourtant...

 

La solitude...

 

Le désespoir est une forme supérieure de la critique. Pour le moment, nous l'appellerons "bonheur", les mots que vous employez n'étant plus "les mots" mais une sorte de conduit à travers lesquels les analphabètes se font bonne conscience. Mais...

 

La solitude...

 

Le Code civil nous en parlerons plus tard. Pour le moment, je voudrais codifier l'incodifiable. Je voudrais mesurer vos danaïdes démocraties.

Je voudrais m'insérer dans le vide absolu et devenir le non-dit, le non-avenu, le non-vierge par manque de lucidité. La lucidité se tient dans mon froc.

 

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S
Je veux dédier ce poème<br /> A toutes les femmes qu'on aime<br /> Pendant quelques instants secrets<br /> A celles qu'on connait à peine<br /> Qu'un destin différent entraîne<br /> Et qu'on ne retrouve jamais<br /> <br /> A celle qu'on voit apparaître<br /> Une seconde à sa fenêtre<br /> Et qui, preste, s'évanouit<br /> Mais dont la svelte silhouette<br /> Est si gracieuse et fluette<br /> Qu'on en demeure épanoui<br /> <br /> A la compagne de voyage<br /> Dont les yeux, charmant paysage<br /> Font paraître court le chemin<br /> Qu'on est seul, peut-être, à comprendre<br /> Et qu'on laisse pourtant descendre<br /> Sans avoir effleuré sa main<br /> <br /> A la fine et souple valseuse<br /> Qui vous sembla triste et nerveuse<br /> Par une nuit de carnaval<br /> Qui voulu rester inconnue<br /> Et qui n'est jamais revenue<br /> Tournoyer dans un autre bal<br /> <br /> A celles qui sont déjà prises<br /> Et qui, vivant des heures grises<br /> Près d'un être trop différent<br /> Vous ont, inutile folie,<br /> Laissé voir la mélancolie<br /> D'un avenir désespérant<br /> <br /> Chères images aperçues<br /> Espérances d'un jour déçues<br /> Vous serez dans l'oubli demain<br /> Pour peu que le bonheur survienne<br /> Il est rare qu'on se souvienne<br /> Des épisodes du chemin<br /> <br /> Mais si l'on a manqué sa vie<br /> On songe avec un peu d'envie<br /> A tous ces bonheurs entrevus<br /> Aux baisers qu'on n'osa pas prendre<br /> Aux cœurs qui doivent vous attendre<br /> Aux yeux qu'on n'a jamais revus<br /> <br /> Alors, aux soirs de lassitude<br /> Tout en peuplant sa solitude<br /> Des fantômes du souvenir<br /> On pleure les lêvres absentes<br /> De toutes ces belles passantes<br /> Que l'on n'a pas su retenir<br /> <br /> Paroles de Antoine Pol
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S
http://youtu.be/CaS1E-NVohI
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