Bekhti Benaouda (1961-1995)
Jeune écrivain et intellectuel algérien. Journaliste et enseignant à l’Université d’Oran, il a été assassiné le 22 mai 1995, après une vie courte consacrée entièrement à l’intellectualisme et au journalisme. Il avait un projet intellectuel pour l’Algérie Nouvelle dont les racines s’inspirent de la tradition bien comprise et de la modernité comme tâche critique et inachevée.
Écrits de Bekhti Benaouda :
I- Les livres :
" Ranin El Hadatha " (la résonance de la modernité), édité par la Ligue des écrivains de la différence.
II- Les articles en arabe :
(1) " Une approche des sciences humaines en Algérie. L’anarchie du signifiant et la régression du sens ", (Confluences, Algérie, n°1, automne 1997).
(2) " Une approche de l’amour.. des expériences dans l’interrogation de l’autre ", " Tabyine ", n°9, 1995.
(3) " L’instant algérien entre la puissance du sens et la nécessité du concept ", " El-waqt ", n°43, 26 septembre-2 octobre 1994.
(4) " Le retrait de la lecture ", " El-khabar ", 21 mai 1996.
(5) " Le génie de la modernité ", " Tabyine ", n°5, 1992.
(6) " Khatibi : la question de la différence et le plaisir de l’écriture ", " El-masar el-magharibi ", n° 20, septembre 1988.
(7) " Comment lire Derrida ? le cas du "Feu la cendre" ", " Tropiques " (Tunis), n° 5-6, 1995-1996.
(8) " Le pouvoir est incapable de s’intellectualiser ", entretien, " El-waqt ", du 9 au 15 mai 1994.
(9) " L’absent de la modernité ou la question manquée de l’être ", " El-churuq el-thaqafi ", n° 37, 7 avril 1994.
(10) " La question intellectuelle en Algérie : les questions délicates ou la perte du signe ", " El-masâr el-magharibi ", 28 avril 1992.
(11) " Ecrire sur la Palestine et la libération du dedans ", " El-Djumhuriyya ", 8 février 1987.
(12) " La traduction et l’éclatement du même ", " Madarat " (Tunis), n°11-12, été-automne 1999.
(13) " Une approche de la différence de Jacques Derrida ", " Kitabat Mouacira " (Beyrouth, Liban), n°15, août-septembre 1992.
(14) " Une lecture non innocente du "Tabyine". De la rhétorique du titre à la convention de la fondation ", " Tabyine ", n°9, 1995.
III- Les articles en français :
(1) " La calligraphie arabe : les chances de l’encre ", " Tropiques ", n° 5-6, 1995-1996
(2) " Octavio Paz : le discours de Stockholm. Les chemins de demain ", " Hebd’Oran ", 9-15 septembre 1992.
(3) " Le livre du philosophe Jacques Derrida, "L’autre cap". Quelle Europe ? " " Hebd’Oran ", 26 août-01 septembre 1992.
(4) " A Jacques Derrida qui vient ", " Madarat ", n° 5-6, 1995-1996. (1)
Pr. Bekhti Benaouda
"Octavio Paz : le discours de Stockholm. Les chemins de demain"
Dialoguer avec le poète et critique mexicain Octavio Paz (Nobel 1990), c’est dialoguer avec les chemins de Galta, les regards du " singe grammairien ". Octavio Paz a prononcé un discours (tradition oblige) lors de la remise du prix Nobel à Stockholm. Ce discours prononcé en Espagnol a été traduit en français et édité par les éditions Gallimard-NRF depuis quelques mois. Ce discours se résume en trois axes fondamentaux, les particularités d’une langue, l’autre et la modernité. Il commence tout d’abord par remercier les organisateurs de la cérémonie, par avouer sa reconnaissance et sa gratitude dans une enceinte qui est " en même temps le foyer des lettres suédoises et la demeure de la littérature universelle ". Octavio qui était l’ambassadeur du Mexique en Inde est d’une sensibilité hautement exprimée à l’égard de tout ce qui a un rapport avec le langage, à savoir en premier lieu les lettres, leur manifestation et leur magie. Il commence par situer sa descendance en disant " mes classiques sont ceux de ma langue, je me sens le descendeur de Lope, de Vega et de Quevedo comme tout écrivain espagnol... mais sans être espagnol " (p.11). Octavio recompose dan ce discours historique toute sa philosophie, qu’il s’agisse de langue ou d’identité, de religiosité ou de pagonisme, il nous introduit dans un monde qui a pour seule substance un langage poétisé ou soumis aux vertus d’une poétique des plus réfléchies et des plus maîtrisées.
Il dit entre autre que " le Mexique précolombien, avec ses temples et ses dieux, est un monceau de ruines, certes, mais l’esprit qui l’anima n’est pas mort " (p.15). Il le pense donc à partir d’une réparation qui n’est que l’aspect éternel d’une histoire fondée essentiellement sur les matériaux d’une spiritualité qui n’est que l’apanage de ce même lieu à la recherche d’une ouverture " sage " et " féconde ".
En matière de modernité, nous découvrons et son opinion et sa pensée. Octavio est de ce genre d’écrivains qui tentent de rendre pensable la démarche même de l’écriture, d’aller jusqu’aux confins du texte sans consignes et sans directions. Si pour dire que " c’est l’éperon qui nous pousse à l’action, à sortir à la rencontre des autres et du monde " (p.15), il choisi minutieusement les termes, comme si le langage lui-même a besoin d’éperon ; seulement, que faire de l’éperon de Jacques Derrida dans " Eperon, styles de Nietzsche " ?
Le rappel, bref ou long, ne " presse le pas " que pour revenir à la modernité qui cherche selon Paz sa signification. Les traces de ce dialogue sont imminentes. L’imminence nous annonce la naissance d’un discours universel qui, malgré les chemins malaisés, continue à foisonner et à influencer. Sommes-nous les héritiers de ce discours ? Quand, comment, quel sera notre apport ? (2)
Sources :
(1) http://www.philo.8m.com/bekhti.html
(2) http://www.philo.8m.com/bekhtioctavio.html