Algérie, ou quand le leurre électoral s’éternise !
Le gratin décideur, et face à l’accumulation des erreurs et contradictions nées de l’impuissante transition appelée ardemment démocratique, se lance dans un élan de précipitation inédit, de par sa complexité comme de par son caractère purement conjoncturel, et donc irréfléchis, pour ne trouver d’autre alternative que l’avènement non seulement précoce mais aussi insaisissable d’un hypothétique parlementarisme encore très mal défini. Mettant ainsi toute la machine en marche pour réanimer un corps électoral épuisé et érodé par d’interminables joutes politiques théâtralisées, n’aboutissant, chaque fois, qu’à élire en beauté l’image d’une démocratie de façade minée dans son propre sein et maculée par de graves dérives autoritaires inutiles, encore faudrait-il reconnaitre à cette impossible démocratie le mérite d’avoir donné l’exemple du type de crises idéologiques endémiques qui sont le propres des États postcoloniaux.
Aux contradictions, erreurs et égarements idéologiques, succède une crise socio-économique ne cessant de s’exacerber en dépit des réformettes conjoncturelles soutenues par une manne pétrolière qui, jusque-là, satisfaisait relativement les appétits voraces et toujours insatiables d’une nomenklatura bureautique évoluant et mutant en bourgeoisie embryonnaire épaulée par une cohorte de technocrates froids ; un égarement périlleux face aux multiples et rapides transformations qui affectent le monde globalisé tant du point de vue politique, économique, culturel qu’environnemental, c’est dans une totale indifférence quant aux aléas électoraux que se fait l’avènement du parlementarisme en Algérie comme s’il s’agissait d’une baguette magique, un cas d’irresponsabilité historique dont la crise grecque est l’exemple par excellence.
L’affirmation, in extrémis, de la volonté de retourner vers la vieille assemblée constituante prouve l’ampleur de l’échec et du déficit idéologique qui mine l’État et entrave toute possibilité de réforme efficace aux niveaux politiques et économiques, et ce n’est point une autre nouvelle république qui viendra à bout de cette stérilité idéologique aux conséquences dramatiques.
Mais de quoi est née cette crise idéologique, si ce n’était d’une trahison abjecte de l’Histoire et des sacrifices inouïs consentis avec abnégation pour l’affranchissement du peuple algérien et sa libération du joug colonialiste criminel, jusqu’à reproduire au sein du peuple le ressentiment d’avoir été trahi et asservi à nouveau dans un schéma qui n’est guère différent de celui pratiqué autrefois par le colonialisme.
Le chantage électoral et la menace qu’il sous-entend ne fera absolument pas frémir le peuple résolument décidé à en découdre avec l’archaïsme politique et la déconfiture sociale qui le fait tant souffrir ; le libertaire qu’il est depuis toujours, se réveille en se nourrissant des luttes séculaires contre l’injustice et l’oppression qu’il n’a jamais cessé de livrer depuis les temps les plus immémoriaux que notre terre si chère ait connue, l’impasse historique actuelle n’étant née que par la trahison de notre passé riche en lutte, la trahison de cette abnégation inconditionnelle pour la liberté.
Par : OUBAYA Samir
24 février 2012